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Le meilleur de Serge ULESKI : société, politique, art et culture

Quinze années d’édition de billets de blog sur 20-minutes, Médiapart et Nouvelobs avant la fermeture de leur plateforme respective sont réunies ici. Durant toutes ces années, sachez que tout ce qui est beau, rare, difficile et courageux ne m’aura pas été étranger ; d'où le choix de mes catégories et des sujets traités.

Beethoven : un compositeur en crue

                   

                  Science et Art, la musique dite "classique" (musique écrite, lu et interprétée), c'est de la dialectique... dialectique et rhétorique musicales s'entend.

                  Musique-argument, musique-raisonnement, musique dite "savante" dont il faut pouvoir suivre le cheminement, le développement jusqu'à sa conclusion définitive ou provisoire, la science de cette musique est dans sa dialectique et son Art dans sa rhétorique ; elle est donc là, bien là, l'exigence de cette musique, de Bach à Debussy, de Wagner à Pierre Boulez ; cette exigence, c'est sans aucun doute ce qui la distingue de la musique dite "populaire" (musique de variété, music pop, rock et autres) ; d'où sa marginalité et son isolement.
 
                  Mais qu'à cela ne tienne !

 

Claudio Arrau - Beethoven - Piano Sonata No 30 in E major, Op 109

 

             Dans le troisième mouvement de cette sonate (vidéo à 6.54) composée en 1820, on trouvera tous "les pianos" à venir ; celui de Schubert, de Chopin, de Scriabine, de Debussy, de Rachmaninov - un piano symphonique, un piano orchestral dans le finale ; et puis, on pensera aussi à Ravel qui, à propos du thème, s'en fera l'écho avec sa "Pavane pour une infante défunte"  un siècle plus tard.

Un 3è mouvement qui, certes, annonce l'avenir mais qui n'oublie pas de saluer aussi le passé ; celui d'un J.S Bach presque totalement oublié du vivant de Beethoven.

Un 3è mouvement en "forme variation" même si Beethoven semble ne plus y croire après trente années de pratique ; aussi, on parlera bien plutôt de développement-variation ; développement en spirale comme dans un tourbillon en cercle concentrique qui s'enroule et se déroule.

Un 3è mouvement lent, cantabile, placé contre toute attente, à la fin de la sonate ; un 3e mouvement qui "avale" les deux précédents avec une fausse berceuse qui ne trouvera jamais un vrai repos : est-ce Beethoven en lutte avec ses insomnies, un Beethoven insomniaque et seul face à la nuit ?

Six minutes pour les deux premiers mouvements ; quatorze pour le 3è : une sonate en déséquilibre donc qui annonce la 9e symphonie (1822) avec dans les choeurs, ses aigus inattendus, voire invraisemblables, décriés, hurlés... et sa forme éclatée... car pour Beethoven, tout était trop étroit, trop étriqué, toujours !


                                                                              

         (Grande Fugue  - opus 133 - année 1826 - une des dernières oeuvres du compositeur : là encore... débordante telle un déluge)

 

                 Aussi, force est de constater que Beethoven ne pouvait penser la musique qu'en crue, débordante... une musique réfractaire à toutes les camisoles stylistiques et formelles.

                 Avec ce 3è mouvement, c'est la "forme sonate" qui s'efface alors avant d'être proprement balayée tout comme la symphonie deux années plus tard.

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