Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le meilleur de Serge ULESKI : société, politique, art et culture

Etre au monde mais sûrement pas de Ce monde !........Quinze années d’édition de billets de blog sur 20-minutes, Médiapart et Nouvelobs sont réunies ici. Durant toutes ces années, sachez que tout ce qui est beau, rare, difficile et courageux ne m’aura pas été étranger ; d'où le choix de mes catégories et des sujets traités.

Internet et dissidence : grandeur et misère - 2

              ...ou quand la dissidence ne cesse de manger ses enfants et les dissidents de tuer le père.

 

______________

                                                                              

 

                   C'est la fête à Soral (Alain de son prénom) ! Des snipers youtubers ont pris pour cible l'essayiste...

***

                   Si la critique est facile et permise à tout le monde -  dans le sens de "accessible" à tous car personne ne saurait se tenir au-dessus - comme à l'abri - d'un tel exercice,  recenser puis exposer au grand jour les contradictions d'un essayiste qu'il réponde du nom de Soral ou pas... ne délivrera jamais quiconque de l'obligation de rester au plus près de l'œuvre de celui que l'on prend pour cible et de s'y coller ;  d'autant plus que l'œuvre d'un auteur - ou sa contribution intellectuelle - ne se mesure jamais à la somme de ses contradictions qui n'est que l'écume de l'œuvre, à moins de s'adonner à une philologie de trou de serrure, un peu comme celui qui choisirait délibérément de lire une œuvre dans non pas ce qui a été publié mais de ce qui a fini dans la poubelle de l'auteur.

A rechercher la facilité contre le travail qu'est  la lecture - rigueur et discipline - on passe à côté de l'essentiel, à savoir :  comment et pourquoi l'œuvre d'un essayiste rencontre son époque ; ce qui est manifestement le cas en ce qui concerne Alain Soral. Quant à nous dire que nombre d'auteurs sont rarement à la hauteur de ce que leur oeuvre offre comme promesse,  c'est un peu comme nous dire, une fois encore, que la vérité de l'œuvre se trouve dans la poubelle de l'auteur ou dans sa chambre à coucher ou bien encore, chez Auchan quand il y fait ses courses.


                                     

Une des dernières prestations de l'essayiste avant son bannissement télé et radio - 2003

 

 

                  Personne n'ignore, excepté les groupies, que Soral, inconsolable, n'a jamais pu se résoudre à accepter son bannissement des médias dominants  (1) ; d'ailleurs, comment aurait-il pu alors qu'il se savait tellement plus doué que tous ceux qui s'y vautraient et s'y vautrent encore  semaine après semaine ; ce qui n'enlève rien à l'importance de son travail et à sa production : exposer au grand jour les lignes  de force qui, de la fin de la Seconde guerre mondiale à  nos jours, ont conduit notre société là où elle ne se trouve plus aujourd'hui, faute de cohésion et de réconciliation : confusion, ressentiment, culture de l'ignorance, soupçon généralisé, instrumentalisation des plus faibles, désir sécessionniste, revanche et vengeance ... face à une classe politique et médiatique, bien plutôt  une clique, totalement absente d'une prise de conscience de l 'urgence qu'il y aurait à rendre justice autant aux uns qu'aux autres, sans angélisme.

 

 

1 - Pour Soral (et d'autres comme Onfray - même génération) qui s'est fait connaître dans les années 90 grâce à ses passages-télé, seule la reconnaissance des médias de masse et d'autres plus élitistes ( qui sait... France Culture ?) est susceptible de valider leur légitimité et leur identité ainsi que la légitimité de cette identité (plus encore pour un autodidacte) : celle d'un essayiste avec lequel il faut compter.

Télé, radio, presse - les médias donc ! et puis aussi ses pairs... essayistes et intellectuels ; pairs terrorisés à l'idée de valider publiquement de l'oeuvre de Soral, même une partie, car, comme pour Dieudonné (celui qui trouve cet humoriste drôle perd son emploi), tout intellectuel qui viendrait soutenir certaines ses thèses ( celles de l'ouvrage "Comprendre l'Empire") se trouverait lui aussi ostracisé sous 48h... jusqu'à ce que Zemmour - un des meilleurs clients des médias de masse -, ne vienne piller une partie du travail de Soral tout en se gardant bien de la lui rendre publiquement. 

Et jamais la notoriété que lui apporte internet ne comblera chez Soral ce manque et ce regret éternel vécus comme un échec ( avec Internet, le plus souvent, on ne peut que vaincre sans péril et  triompher sans gloire, sans profit donc, auprès d'obscurs anonymes) car Soral a besoin de se confronter à des "contradicteurs", non pas à sa hauteur, mais dont la notoriété renforce son exploit et son prestige lorsqu'il parvient à les remettre à la place qui est la leur dans la médiasphère du débat intellectuel : un strapontin derrière un pilier. 

Que les youtubers concernés gardent à l'esprit cette spécificité générationnelle qui touche Alain Soral.

 

***

 

               Plus largement maintenant, et pour revenir à ces youtubers ados, pré-adultes et adultes à peine confirmer (dans la tranche d'âge des 15-25 ans - 35 au grand maximum) qui n'ont de cesse de s'énerver et de s'époumoner, non sans talent, à longueur de vidéos aussi denses que tendues contre les féministes, la culture gay, les Musulmans, les Ecolos, les Réfugiés, Mélenchon, la GPA, la PMA, les femmes youtubers et autres jeunes diplômés de nos centres ville au look de fils et filles de bonne famille, la CGT, les activistes des minorités visibles (surtout femmes !), les banlieues infréquentables, les bobos anti-Trump, Obama, les humoristes, Nuit debout, les Zadistes.......

Et puis ce  "Y'en a marre des Arabes !", leitmotiv en forme de supplique reprise en cœur par ces mêmes youtubers et leurs lecteurs qui se situent, de leur propre aveu, à la droite de Marine le Pen (sans rire !) car à leurs yeux à tous cette dernière se situe à gauche (bonjour la confusion !)... 

Ce cri non pas de guerre mais de collégiens - certains sur le retour, comme un renvoi de cour d'école et de son préau, bien des années plus tard dans le souvenir d'humiliations sans nombre face à des  "beurs" haineux  -, à propos "des Arabes" semble bien incapable de représenter ne serait-ce qu'un début de pensée aussi sommaire et lacunaire soit-elle  ; quant à évoquer l'élaboration d'un système d'analyse et de contre-analyse dans le genre "qui fait quoi, à qui, comment, où, pour(-)quoi et pour le compte de qui..."  ne rêvons pas. 

Et pourtant : les  effets vous éblouissent  ; alors que les causes, elles, vous  éclairent car l'émotion (affects : ressentiment, colère, haine) est bien le pire des mensonges quand il s'agit d'éclairer la vérité.   

                "Y'en a marre des Arabes !" ..............................ce cri sans queue ni tête poussé sur YouTube recueille alors 500 000 vues. Une véritable consécration, d'autant plus que, comme chacun sait : le nombre sanctifie. Aussi, à quoi bon... (s'emmerder à ouvrir un ou deux bouquins....?), nous répliqueront ces mêmes youtubers-marchandise-monétisés.

 

 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article