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Le meilleur de Serge ULESKI : société, politique, art et culture

Quinze années d’édition de billets de blog sur 20-minutes, Médiapart et Nouvelobs avant la fermeture de leur plateforme respective sont réunies ici. Durant toutes ces années, sachez que tout ce qui est beau, rare, difficile et courageux ne m’aura pas été étranger ; d'où le choix de mes catégories et des sujets traités.

Un hiver séculaire

 

 

            C’est l’hiver. La terre tremble de froid, et sous son étreinte, dans un instant, elle se fendra en deux. Un froid palpable et tangible marche sur le monde : celui des temps anciens  revenus là pour en finir avec l’immense peuple des marais, des joncs et des grands herbages.

Rien n’est plus troublant, plus inquiétant, plus effrayant que ce silence des marais gelés avec ces brouillards épais qui cachent des corps livides, des bouches muettes de vase ; dernier germe de vie dans une eau piégée sous la glace.

Une rumeur passe dans les roseaux avant le retour d’un silence profond que le froid impose à quiconque tente d’afficher un semblant de vie. Même les brumes qui traînent sur les troncs d’arbres et qui enveloppent leurs branches les plus basses comme des voiles blancs de reines veuves restent là en suspend, figées.

Soudain un cri, puis le gémissement bas d’une dernière clameur de vie. En chasse, le froid a frappé une nouvelle fois ; les yeux de sa victime le regardent résignée : un monde inconnaissable qui a eu sa vie propre, ses cris, ses voyages et ses mystères, palpite encore dans sa poitrine, mais pour combien de temps encore ? Déchirée sa chair avant d’être brûlée par un froid d'un feu de dieu.

            Au même instant, une chose noire au ventre d’argent tombe comme si l’on avait coupé la corde qui la retenait suspendue, laissant dans sa chute apparaître de longues taches rapides sur le firmament : c'est la mort hivernale qui raidit les joncs, fige le silence et gèle les eaux comme on glace le sang ; c'est le froid qui pénètre l'âme du monde.

Quelque part au-dessus des marais maintenant durs comme la pierre, un diamant en forme de cône s’élève lentement. Le cœur en feu, il monte à la rencontre d’un soleil qui n’éclaire plus : il est midi et il fait nuit.

Une dernière plainte courte, répétée et déchirante après un cri strident... cette âme que le froid a abattue, crie là sa dernière espérance de vie auprès d'une nature indifférente. 

 

                     Texte inspiré par la lecture de "l’Auberge" et "Amour" : deux contes de Guy Maupassant.

 


 

 

 

Toutes les photos sont "copyright Serge ULESKI"

 

               Pour prolonger, cliquez : Serge ULESKI en littérature

 

 

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