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Le meilleur de Serge ULESKI : société, politique, art et culture

Quinze années d’édition de billets de blog sur 20-minutes, Médiapart et Nouvelobs avant la fermeture de leur plateforme respective sont réunies ici. Durant toutes ces années, sachez que tout ce qui est beau, rare, difficile et courageux ne m’aura pas été étranger ; d'où le choix de mes catégories et des sujets traités.

George Orwell : 70è anniversaire de la parution de 1984...a

Depuis une bonne semaine, il faut voir et entendre comment les rédactions des médias dominants se frottent à George Orwell et à son oeuvre, comment ils s'y vautrent pour, s'en doute, en ressortir un peu moins indigentes et parfois même un peu moins sales !

On a déjà vécu ça : souvenez-vous du décès de Nelson Mandela ! comment les chefs d'Etat du monde entier s'y sont vautrés à cette occasion... là encore, dans l'espoir d'en ressortir moins cyniques même si.... maculés de sang, celui des pauvres, fatalement, de bombardements en bombardements massifs.

Contrairement à ce que les médias semblent vouloir nous faire comprendre à propos de l'oeuvre d'Orwell, ce dernier n’a pas fait que dénoncer l'ignorance ; loin s’en faut car Orwell a très tôt compris ceci : « "Notre civilisation est fondée sur la cupidité et sur la peur" ; l'auteur a aussi pris conscience des calamités que sont la corruption, les inégalités ainsi que l'incompétence et la dépravation morale des élites politiques et économiques, le tout encadré par un mercantilisme dont les médias assurent la propagande ; et ce dès les années 30.

Pour s’en convaincre, il suffit de lire ses deux premiers romans.

Rappelons que les maîtres d’Orwell sont Swift - auteur politique par excellence ; Orwell a tout appris de lui en ce qui concerne la satire et l'allégorie -, Dickens qui est au centre de l'oeuvre d'Orwell ainsi que Shakespeare, et puis Kipling ; d’où l'ambivalence de la personnalité politique, de l'identité politique d'Orwell qui demeure un authentique révolutionnaire malgré la tentation des médias toujours au rendez-vous de la veulerie, d'en faire un social-démocrate tellement lucide et raisonnable.

Si Orwell était raisonnable, c'est de raison car il raisonnait bien, très bien, trop bien pour avoir la naïveté ou la malhonnêteté intellectuelle de croire que l'on pouvait faire l'économie d'une action radicale face aux calamités énumérées plus haut.

Certes, avec 1984 paru en 1949, les communistes européens n’y virent qu’une simple propagande de Guerre froide ; ils affirmèrent que « l’objectif du livre était de nuire à l’Union soviétique et d’attiser la haine à son encontre » ; en revanche, d’autres, se sentant sans doute moins visés, comprirent que le livre était une attaque dirigée contre l’ensemble des facteurs d'une modernité mondiale qui nous conduira tous autant que nous sommes, à une vie d’abêtissement habitée par une peur et une terreur de l'autorité sans soulagement ni issue possibles excepté dans la résignation.

Ce qui s'est vérifié avec la mondialisation et le "There is no alternative" repris en coeur par tous les médias dominants à propos par exemple... du libéralisme, de l'UE et de l'EURO ainsi que de toutes les politiques qui sapent de notre modèle social, socle de notre civilisation européenne depuis la fin de la Seconde guerre mondiale (pensez au CNR) et bien avant, avec les contributions intellectuelles et morales et les combats de ceux qui ont permis sa réalité dès le 17è siècle.

Aujourd'hui, les voix dissonantes sont tues ; tuées dans l'oeuf elles sont ! Quant à cette unanimité totale qui règne dans les médias depuis les années 80, pour sûr, Orwell l'aurait dénoncée sans vergogne ! car cette unanimité-là est bien la marque des régimes « totalitaires » ; des régimes qui n’acceptent aucune alternative ; unanimité médiatique que l’on retrouve contre Poutine, Trump, le Brexit, l’Iran, les Etats d’Europe de l’Est, les Gilets jaunes, Dieudonné (dès la fin des années 90), le RIC ainsi qu’un soutien indéfectible, et là encore, unanime, en faveur des « forces de l’ordre », de la carrière politique d'un Jacques Chirac tellement sympathique (seule la presse étrangère nous permettra de trouver un résumé objectif de son action), les réformes successives des retraites et des régimes spéciaux alors que ces reformes n’ont qu’un but, des retraites en baisse qui toucheront de plein fouet les salariés aux revenus modestes ; à l’internationale : un soutien unanime de ces médias à propos de la destruction de l’Afghanistan, Syrie, Irak et Libye avec ses millions de morts directs ou indirects et des millions de déplacés frappant aux portes de l’Europe depuis 20 ans…

Unanimité de tous les médias donc, les mêmes qui nous servent depuis une semaine du Orwell par-ci, du Orwell par-là, ne tarissant pas d’éloges au sujet de son œuvre et de sa clairvoyance… aussi, à propos de la Novlangue que les médias croient pouvoir en toute crédibilité dénoncer… encore leur faut-il être capables de l'identifier là où elle sévit, c'est à dire dans toutes les rédactions de ces médias .... car la véritable Novlangue (son but ultime, sa raison d’être) c'est la Novlangue que l'on pratique à son insu tout en la dénonçant : ignorance feinte ou non, selon les cas.

Car enfin, qui peut bien croire que l'Etat qui finance et contrôle les médias publics et nos milliardaires, les médias privés, aient un intérêt particulier à ce que nous soyons tous capables d’un jugement avisé, informé et intellectuellement autonome ! D’autant plus qu’aucun patron de ces médias ne se plaint de ses employés pour la raison suivante : leurs employés remplissent la mission qui leur est confiée avec, pour les uns, abnégation, d'autres avec résignation et pour d’autres encore, avec zèle ; rien de surprenant à cela puisque le chèque en fin de mois, qu’il soit petit, moyen, gros, voire très gros, ne tombera pas des nues mais bien de la poche de ces patrons-propriétaires du privé et des patrons-gestionnaires du public.

Vous voyez : la peur, encore la peur et la résignation ! Ce qu'Orwell dénonçait déjà dans les années 30.

Il est vrai que personne ne fera le choix de la relégation qui menace quiconque souhaite dénoncer cette unanimité totalitaire.

Pour prolonger, cliquez : A propos de l'ouvrage 1984

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