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Le meilleur de Serge ULESKI : société, politique, art et culture

Etre au monde mais sûrement pas de Ce monde !........Quinze années d’édition de billets de blog sur 20-minutes, Médiapart et Nouvelobs sont réunies ici. Durant toutes ces années, sachez que tout ce qui est beau, rare, difficile et courageux ne m’aura pas été étranger ; d'où le choix de mes catégories et des sujets traités.

Penser la littérature aujourd'hui avec Louis-Ferdinand Céline - 2

 

 

             

        A propos de la tentation de réduire l'oeuvre de Céline à  "son" antisémitisme... qu’il soit permis de préciser ceci :

 

 

Il y a une vie en dehors de l'antisémitisme d'autant plus qu'il y a 24 heures dans une journée et ce pour tout le monde ; un tueur en série n'est pas un "tueur H24" ; réduire un individu à son "antisémitisme" (« antisémitisme obsessionnel » s’entend), c'est un peu comme réduire un individu au fait qu'il doive faire pipi et caca tous les jours. Quant à Céline, son antisémitisme forcené ( dont il a écrit "les plus belles pages" côté style littéraire - dixit George Steiner) ressemble plus à de l'opportunisme qu'à une conviction personnelle (sans oublier le fait que tout le monde est antisémite dans ces années-là ; et sur un plan historique, tous nos auteurs, de Voltaire à Bernanos, ont dit du mal des Juifs avant de passer à autre chose).

 

Notons que l'antisémitisme de Céline se déclare au moment où l'on peut légitimement penser que l'on a tout à gagner sur le plan de la réussite sociale en soutenant un gouvernement et un milieu littéraire ouvertement antisémites. On oublie trop souvent que Céline n'a pas de culture politique historique ( il n'a pas pensé à l'après-Vichy ni à la défaite du Nazisme), qu'il n'a pas non plus de courage physique ni moral ( sa fuite en 1944 en Allemagne puis au Danemark et son positionnement victimaire durant sa cavale, l'atteste amplement ) et qu'il n'a jamais assumé ses écrits antisémites ; on oublie tout aussi souvent que Céline était un "arriviste" (terme employé ici sans connotation péjorative) : il avait soif de reconnaissance sociale d'autant plus que la première partie de sa vie est un échec (humiliation : il ne sera pas médecin car la médecine ne lui permettra pas de « payer son terme ») et qu'il vient d'un milieu éduqué mais marqué par un échec social cuisant aussi. 

 

Un fait semble avoir échappé à bon nombre de commentateurs : Céline aurait tout aussi bien pu être résistant si la reconnaissance sociale dans ces années-là passait par un tel engagement. Aussi, grande est la tentation d'affirmer ce qui suit : Céline est « un Lacombe Lucien » au génie littéraire ; génie qui le sauvera de l'oubli. Engagé dans la résistance, il aurait sans aucun doute écrit les plus belles pages de ce mouvement.

 

 

Pour prolonger, cliquez : Penser la littérature - 1

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