Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le meilleur de Serge ULESKI : société, politique, art et culture

Quinze années d’édition de billets de blog sur 20-minutes, Médiapart et Nouvelobs avant la fermeture de leur plateforme respective sont réunies ici. Durant toutes ces années, sachez que tout ce qui est beau, rare, difficile et courageux ne m’aura pas été étranger ; d'où le choix de mes catégories et des sujets traités.

Pierre Boutang : une gaieté sérieuse

 

 

 

 

 

 

 

 

Ontologie du secret… ou l’être du secret :

 

« Ah ! je voudrais savoir ce qui est au fond,

tout au fond de l’être lorsqu’il est dépouillé,

quel est ce noyau gros à peine comme un plomb

centre de gravité limpide, verrouillé

par la mort puisque nul ne parle, n’a parlé. » – Edith Boissonnas

 

***

 

               Dès son plus jeune âge, Pierre Boutang parlait aux anges, le regard tourné vers les étoiles. Philosophe de l'Epiphanie, pèlerin de l’héritage humain à un âge foudroyé par l’inculture et l'ignorance savamment orchestrées, la rame sur l’épaule, toujours à la recherche d’une barque, pain quotidien de sa vie, l'oeuvre de Pierre Boutang (1916 -1998) se tient à la croisée de toutes les mers.

Attendant sa vie durant le règne de l’absence de l’être toujours à venir qu’annonce le Christianisme et le Catholicisme en particulier, capable d'habiter des mois durant une cabane de berger avec son épouse, sans eau ni électricité, ce stakhanoviste de l'humilité gardait un sourire d'enfant et une candeur généreuse.

Sûr de sa foi, Pierre Boutang parlait le langage d’Homère et d’Ulysse. Loin des salons littéraires et philosophiques, son travail de reconstruction métaphysique dont le recouvrement de la plus fine bave l’indispose au plus au point, annoncera le retour aux formes qui résultent de l’opposition de l’être et du paraître, là où...

 

Paraît ce qui n’est pas

Est ce qui ne paraît pas

Ne paraît pas ce qui est

N’est pas ce qui paraît...

 

          ... là où Tartuffe règne en maître.

 

***

 

          Rien n'est grand qui n'ait sa part de doute.

Dans un destin qui surgit en dehors d'une volonté humaine et rentre en conflit avec les causes naturelles, Pierre Boutang nous rappelle que le tragique surgit lorsque l'homme s'est échappé de et à lui-même.

Grand lecteur (parfois critique et toujours très inspiré) de Poe, de Nietzsche, de Heidegger, de Simone Weil, de Maurras (royaliste il était aussi), de Vico et des Grecs... l'oeuvre de Pierre Boutang, c'est le chemin de Compostelle car avec lui, seul le voyage importe et sa foi inébranlable dans ce qui est à venir : la promesse du retour au grand jour de l'être originel, pur et possible, tel qu'il se cache encore et se montre seulement dans le secret.

Ontologie des origines, transcendance véritable, pour Pierre Boutang, l'humain et le divin, la secrète analogie qui les relie, a une même origine car l'homme et Dieu marchent côte à côte.

           Toute l'oeuvre de Pierre Boutang combat le nihilisme moderne, cet acharnement contre le "fleurissement", et jamais il n'aura douté de la nécessité de ce combat.

 

_______________

                 

 

            Pierre BOUTANG, le maurrassien et George Steiner ; c'était en 1987. Et parce que ce dialogue-là n'est plus possible aujourd'hui à l'heure où seuls des "intermédiaires fouteurs de merde" et autres marionnettes, sont autorisés à prendre la parole, c'est la raison pour laquelle on ne peut plus faire l'économie de choisir son camp à la fois politique et culturel : quel système d'organisation de l'existence et quelle civilisation défendre.

 

________________

 

Pour prolonger, cliquez  : Boutang sur France culture

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :