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Le meilleur de Serge ULESKI : société, politique, art et culture

Quinze années d’édition de billets de blog sur 20-minutes, Médiapart et Nouvelobs avant la fermeture de leur plateforme respective sont réunies ici. Durant toutes ces années, sachez que tout ce qui est beau, rare, difficile et courageux ne m’aura pas été étranger ; d'où le choix de mes catégories et des sujets traités.

Marcel Duchamp nous parle encore et encore.... à chaque nouvelle édition de la FIAC

 

Rappelons ici à propos de Marcel Duchamp ce qui suit : contrairement à ce qu'il nous est souvent donné à comprendre, Duchamp n'était pas occupé à faire savoir au monde entier ce qu'il pensait, pas plus qu'il ne cherchait à nous confier ce à quoi il lui plaisait de croire...

Hier, dès 1913, aujourd'hui encore, Duchamp parle et nous parle de ce qui va arriver et qui arrivera un demi-siècle plus tard avec l'avènement du Pop-art et de l'art contemporain (aussi dénommé "art comptant-pour-rien" par ses détracteurs de plus en plus nombreux au fil des ans ; les langues se délient, la peur de la sanction a reculé... là encore, on nous parle). 

Duchamp est donc un visionnaire ; il sait, il pré-sent, il comprend dès 1913 qu'un jour, un urinoir, une roue de bicyclette ( plus tard des excréments exposés sous une cloche en verre) seront élevés au rang d'oeuvre d'art d'une valeur de plusieurs dizaines de millions.

Pour cela, seules importeront la signature apposée sur l'oeuvre et la volonté politique, culturelle et économique de ceux qui seront prochainement chargés de décider de ce qui "fait art" même et surtout au prix de sa négation car, refuser l'Art c'est aussi et c'est encore faire de l'art. 

Certes, un mouvement nommé "Arts incohérents" avait vu le jour une génération avant, en 1880... mouvement éphémère qui s'essoufflera très vite, et qui n'avait pas de vocation visionnaire ; il s'agissait d'amuser le public, d'épater le bourgeois - blagues de potaches et détournements transgressifs ; un mouvement occupé à moquer l'Art avec un A majuscule  ; un mouvement qui n'avait rien de subversif ni de prophétique. 

Le mouvement Dada ? Duchamp le précèdera de trois petites années.

Ne nous y trompons pas : Duchamp est issu d'un milieu artistique confirmé ; chez les Duchamp, chez Marcel, frères, soeurs et ascendants, tout le monde est peintre ou sculpteur ; tout le monde maîtrise le travail de la main et de la matière ; ce travail n'a de secret pour personne. Aussi, Duchamp connaît l'importance et la valeur de ce travail derrière tout oeuvre : celui de l’artisan et de son métier ; sueur, larmes et sang ; efforts dispensés pour une finalité bouleversante et incontestable dans sa maîtrise et son inspiration ; témoin indiscutable d‘années de recherche et d’apprentissage solitaires et têtus.

Aussi, la réelle difficulté avec Duchamp le visionnaire, est la suivante : quel événement dans la vie de Duchamp a permis une telle prise de conscience  et de prédire avec justesse - depuis les années 60 l'art contemporain n'a pas cessé de confirmer cette vision de Duchamp -, la sanctification du non-travail, du non-talent, le refus de l'apprentissage, le tout compensé par un bavardage inapte qui ferait hurler de rire un cheval, les historiens de l'Art et n'importe quel étudiant en première année de philo ?

Qu'est-ce qui a bien pu faire que Duchamp a vu ce que personne avant lui n'avait su entrevoir ?

La question est posée car elle s'impose bel et bien. 

 

 

Pour prolonger, cliquez : Marcel Duchamp par Serge ULESKI

 

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