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Le meilleur de Serge ULESKI : société, politique, art et culture

Quinze années d’édition de billets de blog sur 20-minutes, Médiapart et Nouvelobs avant la fermeture de leur plateforme respective sont réunies ici. Durant toutes ces années, sachez que tout ce qui est beau, rare, difficile et courageux ne m’aura pas été étranger ; d'où le choix de mes catégories et des sujets traités.

Coronavirus : conte macabre - 2


     A propos d’une actualité brulante, voici la confession d’un de mes amis qui souhaite garder l’anonymat :

     "C'est étrange mais depuis l'annonce de l’arrivée en France de ce coronavirus, je soupçonne tous ceux que je croise dans la rue d’être porteurs de ce virus ; je vois des contaminés partout. Je croise un passant, un seul, j'en vois mille condamnés à brève échéance ; et plus encore s’il s’agit d’un passant âgé, très âgé. 

Pourtant, avant cette annonce, je ne les voyais pas tous ces passants. Je ne m’en souciais pas. N'empêche ! Maintenant, je ne vois plus qu’eux… coronavirusés jusqu’à la moelle ; et pour cette raison : haïssables.  

Dans Paris, là où je réside et là où la densité de population au km2 est la plus élevée car il ne faut pas  simplement compter avec ses résidents mais aussi avec ceux qui s’y rendent pour faire leurs achats, ceux de la banlieue, ceux qui souhaitent s’y promener ou bien faire la fête la nuit, sans oublier  les touristes, ces satanés touristes, plaies des aéroports, des musées et des Capitales mondiales, Paris pour l’occasion, ma Capitale à moi !… 

Dans Paris donc, j’ai pu assister à un va-et-vient continu d'un trottoir à l'autre, celui de gauche puis celui de droite, de piétons qui tentent d'échapper à un autre piéton venant à sa rencontre, et plus encore s’ils sont chinois ; qu’il puisse s’agir de Vietnamiens, de Cambodgiens ne change rien à l’affaire : le moindre signe d’une appartenance au continent asiatique suffit : « C’est un Chinois, pour sûr ! C’est un contaminé !»

Confrontés à ce va-et-vient incessant de milliers de piétons, difficile de ne pas penser à une sorte de ballet à la chorégraphie certes minimaliste (d’inspiration contemporaine très certainement, faute d’une technique développée) de pauvres hères paniqués et désespérés d'impuissance, visages tendus, regards scrutateurs, avides ( est-il porteur, est-elle porteuse du virus ?)... même si rien n'est moins vain, rien n'est moins rassurant… j'ai fui. Oui ! J'ai alors pris mes jambes à mon cou et j'ai fui sans demander mon reste.

Bière de la marque Corona retirée des points de vente, aujourd'hui, on ne compte plus les annulations de réservations dans les restaurant dits « chinois »  ; on a même vu des fumeurs renoncer à leur vice, oh combien répréhensible ! et d’autres encore, parcourir des kilomètres à pied, à cheval, en voiture, en train, jusqu'à la charrette à bras d'un autre temps pour les plus démunis, avec pour seul souci : ne pas avoir à franchir la porte d'un des nombreux bureaux de tabac parisiens tenus par cette communauté paisible ; et pour cette seule raison : communauté très sympathique.

 

Déjà, les associations anti-racistes, anti-discriminations se mobilisent ; elles donnent de la voix ; elles en appellent à la solidarité nationale selon le principe suivant : le risque d’une contamination doit être partagé équitablement par tous, quels que soient sa couleur de peau, son âge, son métier et ses origines ethniques ! 

C'est alors que le questionnement suivant surgit, angoissant, menaçant : « Sortir ou ne pas sortir… continuer ou ne pas continuer à fréquenter amis et voisins » ... car telle est la question qui en appelle une seconde : comment ne plus être ce que l’on est pour soi et pour ceux que l’on croisera inévitablement ?

Sartre ( Jean-Paul) avait donc bel et bien raison ( une fois n’est pas coutume) : l’enfer, c’est vraiment l’autre, toujours !"

Telle fut la conclusion de cet ami maintenant souffreteux (fièvre et toux) dont j'ai dû dans l'urgence me séparer en composant le 15 à son insu.

Il en a pris pour 40 jours d’isolement.

On n'est jamais trop prudent. Jamais.

 

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         J’ai quitté mon travail sans demander mon reste : « Absence injustifié ». 

Je ne suis pas sorti depuis un mois. Je me fais livrer. Le livreur n’est pas autorisé à pénétrer chez moi ;  j’ai donné des instructions pour que les paquets soient déposés à l’étage, au pied de ma porte d’entrée.  

Nathalie est passée ce matin. Je ne l’ai pas laissée monter ; à l’interphone, je lui ai signifié que je ne voulais plus la voir. Elle est repassée prendre ses affaires que j’avais déposées sur le palier.  On a parlé un moment, elle sur le palier, moi derrière ma porte d’entrée verrouillée. Je lui ai prié de laisser les clés dans ma boîte aux lettres.

Elle a pleuré. 

Je la hais maintenant. 

Mon portable est éteint. J’ai clôturé mon compte Facebook. Télé proscrite. J’attends. J’attends la fin : pouvoir tout recommencer, seul, une fois qu’ils auront tous disparu, emportés par ce virus.

J'ai compris maintenant : je les hais tous, vivants comme morts. 

 

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Pour prolonger, cliquez : Coronavirus : conte macabre 1

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