Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Le meilleur de Serge ULESKI : société, politique, art et culture

Quinze années d’édition de billets de blog sur 20-minutes, Médiapart et Nouvelobs avant la fermeture de leur plateforme respective sont réunies ici. Durant toutes ces années, sachez que tout ce qui est beau, rare, difficile et courageux ne m’aura pas été étranger ; d'où le choix de mes catégories et des sujets traités.

Bernard Friot et le rêve de la séparation de l’église capitaliste et de l’État

                   

                                  Tout savoir à propos du concept novateur de "conférence gesticulée" ICI

 

 

 

Economiste et sociologue, catholique de gauche, Bernard Friot (né 1946) s’est fait connaître avec un ouvrage,  l’Enjeu du salaire , qui oppose « le salaire à vie » dont il est le penseur le plus abouti au "Revenu minimum universel". 

 

Condamnant un « militantisme du dimanche » qui a pour manifestation une empathie de la bourgeoisie de gauche pour la classe ouvrière jugée à tort vaincue à jamais et dont Friot a pu un temps se rendre coupable, professeur chercheur des universités, aujourd’hui à la retraite… « On travaille bien mieux sans employeur ! » proclame Friot qui a en tête le statut de fonctionnaire. 

 

A ce propos, il n'est pas le seul à le penser. Voyez ce Capital qui, après avoir exaucé les voeux des partisans d’un « Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! » avec le mondialisme - tous unis dans la mise en concurrence de tous avec tous -, a su aussi répondre à ce désir de travail qui ne devrait rien à un employeur : ça s’appelle Uber ; ainsi que l’encouragement à l’auto-entreprenariat au revenu mensuel de 800 euros, douze heures durant au quotidien... et en moyenne d’après les chiffres de l’INSEE.

 

Qui a dit que le monde est mal fait ? 

 

« On travaille bien mieux sans employeur »... fonctionnaire lui-même, soit en passant... que Friot ne sache pas que les fonctionnaires ont un employeur qui se nomme l’État… c’est tout de même surprenant !

 

On se permettra aussi de reprocher à Bernard Friot son idéalisation de ce statut de fonctionnaire car enfin, ignore-t-il tous ces fonctionnaires en souffrance – dépression, absentéisme, suicides sans nombre ? Ignore-t-il que l’État peut être un employeur  vorace, impitoyable, vindicatif et revanchard en particulier avec ceux qui crachent dans la soupe ?

 

Certes, la Révolution consiste à changer de mode de production : la Révolution c’est changer le travail ! On sera tous d’accord là-dessus. Une parenthèse à ce sujet : il est tout de même regrettable que nos partis dits écolos aient si mal retenu la leçon de leurs maîtres ( Illich, Ellul, Jonas, Morin...en autres...) dont ils ne méritent pas les efforts qu’ils ont déployés pour « penser » autrement la production et le travail, les besoins et les fins ainsi que  leur satisfaction. En effet, ces partis et militants dits écolos ont la bêtise de croire que l’on peut réconcilier l’écologie avec le Marché, surtout ceux qui sont dans des logiques de carrière... politique s'entend.

 

Cherchez l'erreur ! Ou plutôt non : ne cherchez pas car il n'y en a pas.  

 

Pour revenir à cette idée de « salaire à vie » versus  "salaire minimum universel"… en l’an 10 000 certainement ! Mais pour l’heure, ce sera plus sûrement encore le RSA pour les salariés non qualifiés ( ils seront de plus en plus nombreux à l'avenir - classes populaires, petites classes moyennes) et des primes pour les plus dociles.

 

Certes, si l’on se projette  sur les cinquante années prochaines, le capitalisme du XIXè siècle et ses adaptations successives jusqu'à sa décadence d’aujourd’hui dans une financiarisation qui fait qu’il n’est plus nécessaire  de produire quoique que ce soit pour s'enrichir - un capitalisme d’essence spéculative : faire de l’argent avec l’argent -, ce capitalisme-là, c'est sûr, n’a plus beaucoup d’avenir devant lui, mais nous pouvons prédire  avec certitude que c’est lui, bien lui et seulement lui qui décidera du jour et de l’heure de sa propre mort - mort feinte - car si le capitalisme ne dort jamais il ne meurt jamais non plus ; il reste mobilisé 24/24, et ce depuis le Moyen-Age ; quant à nous tous... par intermittence seulement le plus notre mobilisation, et alors que sans mobilisation rien n’est possible ; d'autant plus que ce Capitalisme qui jamais ne se repose a changé de mains à plusieurs reprises : de l’Aristocratie à une oligarchie financière en passant par une bourgeoisie entrepreneuriale des mouroirs industriels du XIXè siècle…

 

D’ailleurs n’a-t-il pas ce capitalisme déjà commencé à s’y préparer à cette mort (qui impliquera très vite une transfiguration : tout changer pour que rien ne change !) depuis 20 ans, en orchestrant minutieusement la baisse général du niveau de vie des sociétés les plus développés, Europe en tête ? 

 

Il faut admettre que la pensée de Friot est fortement influencée par le statut qui a été le sien : celui de fonctionnaire salarié de l'Etat avec salaire à vie... pour ne rien dire de l’emprise de l’idéologie communiste à la sauce PCF des années 20 aux années 70 sur sa personne ; sans doute a-t-il préféré oublier l’expérience communiste telle que conduite en URSS ou en Chine ; capitalisme d'Etat, économie de pénurie, une catastrophe humaine majeure  car soyez assurés qu’un Picasso, un Dali, un Pasteur, un Mozart, Stravinski, Fleming, Professeur Barnard, Pollock, Camus, Tim Berners-Lee n’y auraient jamais pu s’y faire une place ni y survivre excepté sur une terre d’exil. 

 

Si Friot rejette l’idée d’une Sécurité sociale au nom de la solidarité ( comme on a pu rejeter au XIXè siècle la charité pour préférer le droit et la justice), il convient de rappeler que dans l’attente d’un Grand soir qui peine à venir ( celui du salaire à vie), le meilleur outil inter-générationnel, inter-professionnel, inter-statutaire qui ouvre la voie à une redistribution de la richesse produite par les salariés, demeure celui d’une mise en œuvre d’une solidarité (contrainte côté employeurs) dont personne ne doit avoir honte.  

 

En revanche, ce que l’on pourra déplorer c’est que cette Sécurité Sociale soit si mal défendue par nous tous. De ça, on peut en convenir. 

 

A l ‘heure d'une natalité européenne en berne, à l'heure où l’eau vient à manquer et pour laquelle déjà des guerres sont planifiées et menées, attention à ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain, à lâcher la proie pour l'ombre d'une promesse qui est loin d'avoir réuni autour d'elle les forces nécessaires à sa concrétisation. 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :