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Le meilleur de Serge ULESKI : société, politique, art et culture

Quinze années d’édition de billets de blog sur 20-minutes, Médiapart et Nouvelobs avant la fermeture de leur plateforme respective sont réunies ici. Durant toutes ces années, sachez que tout ce qui est beau, rare, difficile et courageux ne m’aura pas été étranger ; d'où le choix de mes catégories.

Médias et réseaux sociaux : quand le racisme ne sait plus où donner de la tête

 

 

"L'Homme est explicable par rien d'autre que son Histoire dont tous les événements pré-existent dans son esprit en tant que lois" -

 

                                 R. W. Emerson (1803-1882)

 

 

 

 

La capture du chien Cerbère constitue, dans la mythologie grecque, l'un des travaux accomplis par le héros Héraclès pour le compte d'Eurysthée

Héraclès amenant Cerbère à Eurysthée - Hydrie « de Caere » à figures noires - vers 525 av.JC - Musée du Louvre

 

____________

 

 

         Si vous souhaitez vous rendre compte du niveau de racisme dans une société… dénoncez ce racisme puis faites silence : regardez, lisez et écoutez.

 

 

***

 

 

Une demande de vérité et de justice émanant de minorités discriminées, victimes d’un racisme institutionnalisé, à propos des violences policières (entre autres) et d’une justice qui, décidément, ne veut pas « passer », est considérée par une grande partie des intervenants des médias et des internautes qui sévissent sur les réseaux sociaux comme une demande à caractère communautariste. Que des « Blancs » soutiennent cette demande, ces mêmes médias - de droite et d’extrême droite en particulier, de Marianne au Figaro en passant par Causeur et Atlantico - évoque une « haine de soi » pathologique.

 

En est-il de même à propos du soutien des non-Juifs à la lutte contre l’antisémitisme ? Bien évidemment que non ! Il est vrai qu’à propos du racisme, ces médias sont toujours disposés à lui trouver des excuses toute l’année durant.

Aussi, il faut vraiment que ces intervenants s’interrogent quant à la nature de leurs représentations lorsque celles-ci ont pour sujets nos compatriotes issus de notre « ancien » empire colonial ; ou bien alors qu’ils assument ouvertement ce qu’ils tentent de nous cacher ; ils n’ont plus grand-chose à craindre puisque la parole raciste n’est pratiquement plus un délit, ou à peine, depuis Zemmour et Finkielkraut (1).

 

Il est aussi vrai que l’Etat, les médias et les Institutions ne tolèrent que ceux qui feront tout pour faire oublier qu'ils sont arabes et/ou musulmans ou africains… en regardant ailleurs, bouche cousue, quand des manifestants descendent dans la rue pour demander la fin des violences policières et des discriminations (2).

 

Encore une fois, il est là le véritable racisme de l'Etat, des médias, des institutions et de la quasi-totalité de la classe politique : dans la condamnation et l'ostracisme du fils et de la fille des « colonisés » d'hier qui refusent aujourd'hui de se soumettre ; c'est à dire : acceptation des discriminations, acceptation d'un Zemmour présent dans tous les médias, des caricatures insultantes de Charlie Hebdo qui essentialisent l’Arabe et le Musulman semaine après semaine, d'un Finkielkraut sans retenue sur France Culture, et l'absence de débats autour de la question « immigration, colonisation et discriminations » avec les intéressés eux-mêmes et pas seulement auprès d’universitaires blancs et autres experts qui font carrière sur le dos des conditions d'existence des discriminés.

 

Il est là, bien là ce racisme d’Etat car qui ne dit mot consent... qui laisse dire consent... qui refuse de sanctionner consent sur les médias du service public en particulier.

 

 

Toujours dans le déni du racisme pour les uns, les autres ne sachant plus comment nourrir la controverse, les médias de droite et ceux de la « fausse gauche » feint de s’interroger en toute bonne foi : « Le privilège blanc existe-t-il ? » (Le Figaro) ; ou bien encore : « Qu’en est-il du racisme antiblanc ? » (Atlantico).

Nouvelle manière d'exprimer par un chemin détourné, un point de vue raciste relayé par les médias ainsi qu’un point de vue négationniste : celui de la réalité du racisme, de son histoire et des événements qui, au jour le jour, jalonnent le quotidien des Français issus de l'immigration.

 

Destiné à un lectorat qui peine à cacher un racisme congénital, ce questionnement défie, sans peur du ridicule, à la fois la logique, l’économie, les faits, la statistique et l’histoire et remet une nouvelle fois et sournoisement en cause la réalité du racisme et ses conséquences sous prétexte que tous les débats seraient légitimes alors qu'il n'y a rien de plus faux…

 

Car il est évident que les discriminations avantagent ceux qui pratiquent ces discriminations, sinon… à quoi bon ! Et par ricochet, elles avantagent aussi tous ceux qui n'en sont pas les victimes : le logement refusé à un Noir dans le quartier de son choix sera alors attribué à un Blanc ; idem en ce qui concerne l’emploi, l’éducation, le respect de droits et de l’intégrité physique d’un être humain dans un Etat... de droit justement.

 

C'est une évidence, excepté pour les racistes et les tartuffes de l’anti-racisme : ceux de la bourgeoisie des médias en ce qui concerne la partie visible de l’iceberg, pour laquelle, tout comme l’argent, l’audimat n’a pas d’odeur.

 

Ceux qui contestent l’évidence de cet avantage n’ont qu’un but : discréditer le combat anti-raciste qui fragilise leur confort moral et mène à l’auto-illusion : le raciste ne sait pas alors - ou ne veut pas savoir ou bien encore ... feint de ne pas savoir - qu’il est raciste ; la pire des situations pour ses victimes qui en viennent presque à regretter les propos francs et directs du café du commerce.

 

Le privilège blanc ? Ce sont tous les fruits récoltés par ceux qui ne sont pas les victimes du racisme - logement, travail, respect des droits, éducation ; racisme qui a pour cibles les Noirs, les Musulmans, les Arabes...
 

Le racisme anti-blanc ? Racisme qui ferait que ce Blanc contrôlé 10 fois par jour, droits bafoués, éducation sabotée, ne trouverait ni logement ni travail là où il souhaite vivre ? Parlons alors du racisme anti-patron du salarié exploité ! Le racisme anti-mâle des femmes sexuellement agressées ! Le racisme anti-flic de celui qui est contrôlé 10 fois par jour et tabassé une fois l’an ! Et puis, dans la même foulée, condamnons sans réserve l’Arabe contrôlé et tabassé, le salarié exploité, la femme violé ! Ce que les racistes ne s’interdisent pas, à demi-mot, puisqu’on retrouve souvent chez ces derniers une tendance très prononcée à l’anti-féminisme, à l’anti-syndicalisme sans oublier un soutien inconditionnel à une « police » garante de l’ordre et du respect des lois à coups de mains arrachées et d'yeux crevés ; d’où leur rapprochement avec les régimes ultra-autoritaires.

 

Chantage à la division, chantage à la guerre civile car c'est sûr, la dénonciation du racisme par les victimes eux-mêmes n'a qu'un but : la guerre civile ; la dénonciation des viols par les femmes n'a qu'un but : dresser les femmes contre les hommes ; la dénonciation de conditions de travail indignes n'a qu'un but : dresser les salariés contre les patrons ! N'est-ce pas ?!

 

Stratagème de ceux qui sont incapables de faire face à leur propre racisme sûrs de leur bon droit : celui du soutien d’une vaste majorité de téléspectateurs, d’auditeurs et d’intervenants sur les réseaux sociaux.

 

 

Pour éluder la question du racisme et ses conséquences sur des centaines de milliers de vie, la question suivante est posée le plus sérieusement du monde : « Le racisme n’existe pas puisque les races n’existent pas ! » (Agoravox)

 

Là, quelqu’un, quelque part, fait le pari d’être à même de convaincre le fond du panier du racisme - un peu comme cette feuille de salade séchée ou bien ce ticket de caisse froissé, taché et jauni au fond du caddie d’un supermarché ; argument au QI d’huitre, d’une débilité qui ne recule même plus devant la peur du ridicule.

 

Mais que tous se rassurent : le racisme c’est un vécu. Or, rien ne peut invalider un vécu.

 

 

Autre sophisme : « La lutte contre le racisme est un communautarisme qui remet en cause l’universalisme fondement de notre République. »

 

Nouvelle trouvaille de Marianne et d’un de ses rédacteurs qui manifestement ne peut pas ne pas voir la malhonnêteté d’une telle affirmation ; nouvelle trouvaille, nouvelle insulte aussi faite à la bonne foi et au discernement de tout un chacun car enfin… en quoi la dénonciation du racisme remet en cause l'universalisme ? C'en est justement la défense ! Il est vrai que ceux qui, sans honte, ont recours à ce type de sophisme auraient dû dénoncer depuis des lustres l'absence de cet universalisme pour des millions de nos compatriotes !

 

Cocasse, vraiment, cette affirmation ! Car quand cet universalisme n'est pas là et que personne ne s'en plaint, notre rédacteur garde le silence ; quand soudainement les victimes de cette absence d'universalisme ne veulent plus s'y résigner, c’est le moment que notre rédacteur choisit pour manifester son inquiétude quant à la remise en cause d’un universalisme pourtant absent et introuvable.

 

Quand on vous dit que cette presse ne sait plus comment vendre du papier même si elle sait à qui le proposer : au-moins disant cérébral et moral !

 

 

Déboulonnage, statues peinturlurées de nos dignitaires d’Ancien régime et post-Révolution française… des voix s’élèvent à l’unisson pour condamner ces actes ! Dans les faits, tout ce petit monde refuse de comprendre ce qui suit : voilà où mène le déni du racisme et des discriminations depuis 50 ans et une complaisance inouïe à l'endroit de la parole raciste.

 

Réactions indignées donc qui ont pour fond, là, tout au fond comme quand on touche le fond : "Ne touche pas à mon histoire ! Celle du Blanc que je suis... toi qui ne l'est pas !"

 

Tous ne savent plus comment gérer cette dénonciation du racisme par les victimes eux-mêmes sans la médiation des partis politiques et autres associations (LICRA, SOS-racisme et LDH) et l'instrumentalisation de cette dénonciation sur le dos des victimes comme ce fut le cas tout au long des années 80, le PS en tête ! Pour ne l’avoir jamais dénoncé, tous ne savent plus comment prendre et recevoir cette gigantesque gifle sur les bonnes consciences et ce coup de poing asséné à ceux qui n’ont jamais cacher leur haine de l’Arabe, du Musulman, de l’Africain et de ceux qui soutiennent leur cause.

 

Tous les stratagèmes sont bons pour ne jamais assumer la réalité ou bien pour justifier son propre racisme. Alors qu’avec le racisme (tout comme pour l’antisémitisme), il n'y a pas - il ne devrait pas y avoir -, de "Oui mais..." !

 

Le racisme existe bel et bien ; il a une histoire. Le racisme en France est vécu comme tel par des millions de nos compatriotes issus de notre « ancien » empire colonial ; racisme qui a pour conséquences des discriminations sans nombre : logement, emploi, droits, instruction, intégrité physique...

 

 

Et puis aussi, la parole : ce qui sera permis de dire dans les médias à propos de telle ou telle population — Arabe, Africain d'Afrique noire, Musulman ; chez Ruquier des années durant avec Zemmour (3) ; sur France Culture avec Finkielkraut ; chez Charlie Hebdo sous la direction de Philippe Val, semaine après semaine : une parole d'une violence et d'une permissivité sans précédent.

 

Le racisme de et dans la police qui n’inquiète que les victimes et une infime partie des Français n'est que le reflet du racisme de et dans notre société jusqu'au sommet de l'Etat car, encore une fois, qui ne dit mot consent... qui laisse dire consent... qui refuse de sanctionner consent !

 

 

La crainte de l’exposition de la vérité des discriminations et du racisme - du sort cruel et injuste qui est fait aux minorités -, émanant des rédactions des médias français, principalement de droite et d'extrême droite, celle de la "fausse gauche" aussi, une presse dans le déni (celui de leurs propriétaires qui n'appartiennent pas à des minorités méprisées, sans oublier des préoccupations idéologique, communautaire et géo-politique)... de Marianne au Figaro en passant par Charlie Hebdo, le magazine Causeur, Sud-radio et Atlantico... cette crainte, cette réticence est plus que patente : c'est le déni de toute une classe médiatique, politique et économique pour laquelle le racisme passe après toute autre manifestation de la détestation de l'autre ; d'où cette complaisance - et parfois même cette complicité des médias.

 

***

 

 

                Mépris, discriminations, violence à leur encontre, à l'aune de l'opposition dont les minorités font tous l'objet depuis que le « pote » à la sauce SOS-racisme auquel il ne fallait pas toucher jadis et sur lequel on tire aujourd'hui à boulets rouges, a décidé de prendre la parole et de la garder au grand désespoir de ceux qui souhaitaient la lui confisquer...

 

Laissons tous ces Français issus de notre ancien empire colonial s'organiser car personne ne fera rien pour eux ;  les 50 dernières années sont là pour en témoigner ; ces années leur donnent raison d’autant plus que, comme nous venons de le voir, chacune des interventions des médias et de leurs lecteurs apporte la confirmation de cette nécessité urgente.

 

Réseaux sociaux, mobilisations de rue et une flopée d'avocats pour exiger la sanction d'une parole raciste sponsorisée par les médias de masse, des condamnations à propos des discriminations au logement, au respect des droits de la personne, à l'intégrité physique, aux études, à l’emploi... ils ne pourront compter que sur eux et sur leur capacité à exiger de leurs actions des résultats et de ne juger la nécessité et l'efficacité de ces actions qu’à l’aune de leurs résultats (4).

 

A propos des débats organisés par des médias qui n’ont pas cessé de « sponsoriser » la parole raciste d’un Zemmour ou d’un Finkielkraut, les minorités ne doivent plus perdre leur temps dans ces débats contre-productifs en terrain hostile du côté des animateurs et de leurs invités à cinq contre un ; lynchage qui recueille un soutien massif.

 

Les minorités n'ont rien à gagner en s'exposant dans les conditions qui sont celles qui sont réunies par des médias dirigés par la classe dominante ; et par n'importe laquelle non plus.

 

Pour une immense majorité, le Noir, l’Arabe et le Musulman des quartiers populaires sont associés au mieux à la délinquance, au pire à la criminalité (5). Aussi, personne ne versera une larme sur un Arabe décédé en garde à vue. Tous les racistes déclarés et tous les autres avec eux le savent et les médias aussi qui l’ont appris depuis longtemps de la bouche même de leur audience. D’où la position de force qu’occupent les médias et la parole raciste sur les réseaux sociaux ; une véritable citadelle, une forteresse anti-vérité des faits et des expériences vécues au quotidien par des millions de nos concitoyens à qui on vole leur avenir.

 

 

 

 

1 - Alain Finkielkraut déclarera en avril 2018, auprès de E. Lévy de Causeur, au moment de la remise du "Rapport sur les banlieues" commandé par Macron et son premier ministre à Jean-Louis Borloo, ce qui suit : « Dans cent ans, les historiens pourront nous expliquer comment notre civilisation a investi des milliards dans son propre anéantissement ! »

 

Même Zemmour n’aurait pas osé. Pour ses propos, Finkielkraut aurait dû être poursuivi.

 

 

2 - Malek Bouthi (aujourd'hui oublié) et Jamel Debbouze, en tête et quelques auteurs français issus du Maghreb (Kamel Daoud) : se soumettre ou bien rejoindre une liste noire qui vous condamne à l’oubli.

 

 

3 – Sous prétexte que... tout comme l'argent, l'audimat n'a pas d'odeur, Ruquier et Barma peuvent se féliciter d'avoir offert à Eric Zemmour, des années durant, une tribune raciste d'une complaisance scandaleuse, et ce dans l'indifférence générale. Ils auront contribué sans l'ombre d'un doute à la banalisation de la parole raciste comme personne avant eux !

 

Aussi, que l'on n'oublie jamais ce que le Service public (l'Etat) a laissé dire car qui ne dit mot consent, qui ne sanctionne pas consent ! C'est donc bien un véritable "racisme d'Etat" par procuration qui aura été servi à des millions de téléspectateurs des années durant.

 

 

4 - Avant d'intervenir dans les médias de masse, il est d'une nécessité absolue de tirer toutes les conclusions qui s'imposent suite à l'analyse de l'environnement médiatique auquel les « disruptifs » issus des minorités sont confrontés. Ce qui implique le choix d'un ton et d'un vocabulaire adéquats : mieux vaut préférer alors « discriminations » à « racisme » plus encore dans le contexte d’une affirmation telle que « la société française est raciste » qui vous condamne à une fin de non-recevoir  - tout en restant d'une fermeté totale sur les principes et la réalité des faits bien évidemment - car tout discours accusatoire globalisant est contre-productif excepté quand il a pour but de dénoncer ad hominem des représentations et des propos racistes non-reconnus comme tels et qui bénéficient d'une complaisance qui serait jugée inacceptable s'ils touchaient une autre population ainsi que l’Etat et les médias contre lesquels toutes les attaques sont indiscutablement justifiées.

 

5 - L'apparent soutien des médias en faveur de la mobilisation contre les violences policières ainsi qu'envers le "comité Adama Traoré", ne doit pas nous égarer car ce comité "ne perd rien pour attendre" ; en effet, le CV judiciaire de cette famille en particulier devrait à terme permettre aux médias de "frapper" quand le moment sera venu de discréditer le mouvement dans son ensemble. 

 

 

Pour prolonger, cliquez : Maboula Soumahoro et les Décoloniaux

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