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Le meilleur de Serge ULESKI : société, politique, art et culture

Quinze années d’édition de billets de blog sur 20-minutes, Médiapart et Nouvelobs avant la fermeture de leur plateforme respective sont réunies ici. Durant toutes ces années, sachez que tout ce qui est beau, rare, difficile et courageux ne m’aura pas été étranger ; d'où le choix de mes catégories et des sujets traités.

Le Guépard : Tomasi di Lampedusa, Visconti et Burt Lancaster

        ... adulé par toute la critique, génération après génération, dans un mimétisme sans courage ni discernement... (le premier critique de cinéma qui dira du mal de ce film perdra son boulot, c'est à croire !) "Le Guépard" ne souffre donc aucun reproche, aucune critique.

Et pourtant ! Avec ce long métrage de 3 heures qui a toutes les allures d'une longue cérémonie d'ouverture d'un festival de cinéma (Cannes, pour ne pas le citer), il se pourrait bien qu'il s'agisse là d'un des films les plus surévalués qui soit ; un film hyper-académique dans sa mise en scène - c'est-à-dire : sans dynamisme, sans volonté ni imagination -, même si Burt Lancaster crève l'écran car cet acteur crève tous les écrans de tous les films dans lesquels il tourne.

 Un détail néanmoins, oh... trois fois rien ! Claudia Cardinale, pseudo icône féminine, fait franchement "bonniche" ; Alain Delon, lui, n'a que son sourire et une interpellation sur le mode "Mon oncle ! mon oncle ! mon oncle !....."(Burt Lancaster) aussi récurrente que superfétatoire puisque les deux personnages n'ont rien à échanger ; rien à dire, Delon n'a pratiquement rien à faire non plus et c'est peut-être mieux comme ça.

 Cela étant posé, autres parenthèses : le meilleur de Delon, on le trouve dans "Plein Soleil" trois ans plus tôt ; le cinéma ne lui confiera jamais un si bon rôle (rôle identique à celui de "La piscine" soit dit en passant, même si Deray n'est bien évidemment pas Clément - à noter le fait que Delon "tuera" à ces deux occasions, un homme, un acteur tellement plus "intéressant" que son "meurtrier Delon", dans la vie comme dans le cinéma : Maurice Ronet).

Mais... revenons au fond du film... tout au fond...

 Hormis le fait que "Le guépard" c'est "Visconti en panne de cinéma"... difficile néanmoins de contester le caractère historique de ce qui nous est donné à voir et à entendre puisque ce film cache un ouvrage qui nous rappelle une vérité tout aussi historique : alors que la révolution garibaldienne fait irruption en Sicile en 1860, c'est bel et bien la Mafia qui s'apprête à succéder à l'aristocratie et non une hypothétique République sortie d'un chapeau car rien ne prédispose cette société sicilienne  à un tel destin historique ; rien ne l'y a préparée ; ce qui n'a, là encore, rien de surprenant puisque la Mafia repose sur le vol de la propriété d'autrui, de son travail et de son savoir-faire via le racket et le blanchiment de capitaux issus d'activités criminelles (traite humaine et drogue), et  l'aristocratie, elle, repose sur l'oisiveté : on fait travailler les autres ( le vol, encore le vol et le détournement des richesses !).

Dans ces deux modes d'organisation de l'existence - captation, paternalisme et dépendance totale -, l'individu ne compte pas en tant que tel ; il n'a aucun droit sinon un seul qui n'est qu'un devoir : servir un collectif indivisible et indifférencié. La Mafia supplantera et singera donc l'aristocratie (1) : et c'est le cinéma qui ne s'y est pas trompé puisque...  aux USA et au Japon,  les réalisateurs que sont Coppola et Kitano filmeront cette Mafia comme Visconti, 20 ans plus tôt,  le prince Fabrizio Corbera de Salina (Lancaster), à son arrivée dans son domaine : des hommes, des femmes, des enfants se sont rassemblés : c’est « la main d’œuvre du prince » encadrée par un maire aussi flagorneur que déférant, aussi déférant que craintif, de courbettes en courbettes ; tous sont venus accueillir le maître des lieux, intimidés et reconnaissants car, révolution garibaldienne ou non, tous sont manifestement incapables d'imaginer un autre sort pour eux-mêmes.

Inutile de préciser que la Mafia mettra un point d'honneur à les y enfermer à double tour dans cette résignation qui est la leur.

 

 

1 - "Nous avons été des Guépards, des lions ; ceux qui nous remplaceront seront des chacals et des hyènes ; et tous continueront de croire qu'ils sont le sel de la terre tout comme nous..."... ainsi prophétise le conte Salina. Ce n'est que le point de vue de l'auteur (Giuseppe Tomasi di Lampedusa) et de Visconti ; point de vue fort discutable puisqu'il s'agit d'un point de vue partisan ; celui d'une classe : l'aristocratie. Dans les faits, la Mafia s'appuiera sur l'Aristocratie, son mode de fonctionnement et d'organisation de l'existence des Siciliens pour se développer et prospérer sans rencontrer d'opposition notoire puisque tout était déjà en place ; il suffisait simplement de changer les Maîtres.

 La personne de Delon, républicain garibaldien, ne croit pas si bien dire lorsqu'il affirme, un rien cynique comme pour rassurer son oncle (le conte Salina) : "Il faut que tout change pour que rien ne change"... car ce personnage oublie un détail important : ce n'est pas la République qui servira de paravent mais la Mafia. Et dans ce contexte, la personne de Delon n'y aura pas sa place. Il sera balayé. 

 Ce que semble ignorer nombre de commentateurs de l'ouvrage de l'auteur.

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Pour prolonger, cliquez : Cinéma, cinéma, de film en film...

 

 

 

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