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Le meilleur de Serge ULESKI : société, politique, art et culture

Quinze années d’édition de billets de blog sur 20-minutes, Médiapart et Nouvelobs avant la fermeture de leur plateforme respective sont réunies ici. Durant toutes ces années, sachez que tout ce qui est beau, rare, difficile et courageux ne m’aura pas été étranger ; d'où le choix de mes catégories.

Les petits meurtres d’Agatha Christie, saison 2 : une excellence rare dont il nous faut, hélas, déjà faire le deuil

              

          NB : Série découverte par votre serviteur en grande partie à l'occasion de sa rediffusion

 

                  Tout en contraste, en opposition, en complémentarité aussi... le miracle de la réconciliation des irréconciliables ?

 

                         Blandine Bellavoir (actrice sur-douée), Samuel Labarthe et Elodie Frenck ( rôle de composition époustouflant de maîtrise et d'implication) auront incarné, 27 épisodes durant, de 2013 à 2019, la journaliste Alice Avril ( "Mieux vaut être seule que mal accompagnée !"), le commissaire Swan Laurence, un Everest d'orgueil et de vanité ("J'aime les femmes d'un amour misogyne irrépressible !") et la secrétaire Marlène Leroy ( "Un jour, mon Prince viendra... !" - le commissaire Laurence en l'occurrence).

Un trio d'une efficacité ... magique ! Un trio qui porte cette série comme on porte une médaille, un trophée.

 

                 

                  Vengeance, cupidité... crimes, meurtres, assassinats se succèdent, les corps, les cadavres s'amoncellent, épisode après épisode mais le trio demeure, soudé, philosophe et toujours aussi motivé.

Haussement d'épaules ? Est-ce le parti d'en rire qui est pris ? Ou bien est-ce simplement le tragique qui glisse sur les ailes des moulins imperturbables de la condition humaine qu'aucun vent aussi violent soit-il ne démontera ?

"Tomorrow is another day" répliquera Marlène, car... après tout n'est-ce pas notre lot quotidien  que d'y penser et de l'oublier ce tragique qui frappe nos contemporains, anonymes, parfois proches jusqu'au jour où ce tragique frappe à notre porte quand, à notre insu, il l'a marquée d'une croix.  

 

                 Bien plus qu'une comédie policière, d'une qualité rare, sinon unique - dialogues, mise en scène, costume, décor - tout est là, il ne manque rien : intelligence, talent, rythme ( grâce à un montage serré) et une écriture que les dialoguistes de Billy Wilder (et scénaristes) n'auraient pas reniés, assurément !

La télé - le service public qui plus est -, n'a pas été capable de nous proposer un tel travail d'orfèvre depuis des lustres (1) ! Dernière prouesse : PJ ... à la fois "série" et "feuilleton"  (un peu à la manière des productions de Dick Wolf), certes dans un autre registre  (mais là encore autour d'un trio : capitaine Fournier, Lieutenant Léonetti et commissaire Meurteaux) ! voilà 15 ans, dans laquelle on pouvait trouver la même implication et application, la même exigence autour d'un casting, à chaque épisode, d'une justesse disons... miraculeuse ? 

 

          Jouant la "carte rétro" - tout au toupet ! - avec cette série, c'est l'imagination qui a pris le pouvoir ; un imaginaire d'une modernité aussi décapante que surprenante car les épisodes sont ancrés, bien ancrés, dans les années 60.

Gestuelle, dialogues, regards et silences, dans ces "Petits meurtres..." tout est joué, tout est mis en scène inlassablement (les plans de coupe nous révèlent tout le travail accompli) ; direction des acteurs au cordeau ; jamais ils ne sont livrés à eux-mêmes ; les réalisateurs successifs ne les auront donc pas lâchés durant 27 épisodes, infatigables (2). 

Un travail impeccable, osé, courageux car risqué : loufoquerie sur fond dramatique déployée au premier degré sans cabotinage indulgent, sans complaisance ; un premier degré qui sonne juste.

Pari gagné, on en oublie Agatha Christie et c'est très bien comme ça - rappelons au passage qu'il s'agit d'un auteur d'un humanisme qui jamais ne fait défaut ; un auteur d'une intelligence foudroyante dans sa compréhension de ce que nous meut.

 

                Une telle réussite ne peut être que le fruit de la conjonction d'une association de talents dans une unité de lieu, de temps et d'idée aussi magique que rarissime : production, écriture, casting (acteurs récurrents et invités), implication, direction d'acteurs, décor... 

               Blandine Bellavoir, Samuel Labarthe et Elodie Frenck... mais alors, doit-on dès maintenant penser au deuil qu'il nous faut porter puisque ce trio ne reviendra pas ?

 

 

                                            

 

       Vite ! sans attendre... que cette série soit primée comme elle le mérite car il est de la plus haute importance que l'excellence soit récompensée ! 

 

                    

                          Sylvie Simon, une des adaptatrices (la principale) des romans A.Christie pour la série

 

 

1 - Série d'exception qui confirme, hélas, la règle... quand on compare la fiction-télé française aux productions anglophones ou scandinaves... il y a une telle différence de niveau qui n'est explicable que d'une seule façon : on évite de faire appel aux meilleurs. Aussi  force est de soupçonner ce milieu de la télé (ainsi que du cinéma) d'être gangréné par un copinage responsable d'une médiocrité rare... sans oublier un népotisme-miroir d'une baisse drastique de niveau dans toutes les disciplines.  

 

2 - Liste des scénaristes et réalisateurs (hommes et femmes) qui se sont succédé durant les 27 épisodes : ICI

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