Etre au monde, oui ! Mais sûrement pas de Ce monde ! Près de 20 années d’édition de billets de blog sur 20-minutes, Médiapart et Nouvelobs ; durant toutes ces années, sachez que tout ce qui est beau, rare, difficile et courageux ne m’aura pas été étranger ; d'où le choix de mes catégories et des sujets traités. Bonne découverte à tous !
16 Octobre 2025
On aura tout vu, tout su, jour après jour ! Au terme de l’accomplissement de ce nouveau crime occidental qui a pris pour cibles des dizaines de milliers de civils Gazaouis - 83% de civils parmi les 70 000 Palestiniens soufflés par les bombes israélienne : estimation de l'armée israélienne -, où aller chercher et trouver une excuse d’avoir laissé faire « ça »?
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L'être humain a toujours cherché à vivre aux dépens de son prochain (épopée coloniale : viol des cultures, corps et âme, dépossession-accaparement, massacres de masse) ; reste alors à gérer la morale, le droit et la sanction - éventuelle ; sanction symbolique (discrédit) ou physique (prison ou peine capitale).
Aussi, ne réunissez jamais autour d’un groupe humain les conditions favorables à l’établissement d’un statut d’impunité, qui plus et… par-delà le bien et le mal. C’est là l’erreur qui a été commise avec le projet sioniste : statut sans doute irréversible car « Auschwitz lave plus blanc ! » : en effet, il n'y a pas de sanction pour un groupe aux 6 millions de morts : « C’est 6 millions de Einstein qu’on a assassinés, Monsieur ! Et pas des sauvages sans culture ni âme qui ont pour demeure des huttes de branchages à la con !». Distinction capitale en lien avec la hiérarchisation des assassinats de masse liés à l’histoire du colonialisme.
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Tout vu, tout su… témoins passifs et impuissants car à la tête des Etats européens nous n’avons pas su ou pu imposer des hommes et des femmes capables de conjurer l’axiome suivant : «l’Histoire c’est ce qui ne pouvait pas ne pas arriver car toutes les conditions ont été réunies pour que cela arrive ! »… pour une partie d’entre nous, la question sera la suivante : face à ce nouveau crime occidental, où aller chercher et trouver une excuse d’avoir laissé faire « ça »? Qui et que serons-nous devenus une fois mené à son terme le déploiement de cette impunité israélienne ? Comment se respecter ? Qui nous respectera – Netanyahu, Rafowitz et la société israélienne seuls ? Qui va nous le pardonner ? Comment se le pardonner ? Comment faire pour continuer de vivre dans ces conditions ?
Un Primo Levi aurait-il su répondre ? Quant à ce questionnement « à la Bartleby » : « Que savez-vous de la souffrance des Palestiniens en moi ! » : un Américain nommé Aaron Bushnell s'est immolé un 24 février de l’année dernière.
P. S.
A Gaza, il n'est pas question d'une guerre mais de REPRESAILLES sous la forme d'une RATONNADE. Israël détruit Gaza tout comme il détruit en Cisjordanie depuis des décennies l'habitation de quiconque s'oppose, en arme, à sa colonisation - le châtiment touche alors toute sa famille.
Les représailles israéliennes ont fait 53 119 morts à Gaza (seuls les corps identifiés par les hôpitaux font partie de ce décompte ; les "portés disparus" n'en sont pas - corps prisonniers des décombres), en grande majorité des civils selon les dernières données du ministère de la Santé du Hamas, jugées fiables par l'ONU.
"Gaza c'est Auschwitz" : si cette affirmation peut faire débat, en revanche «Gaza c’est Guernica et Varsovie» ne saurait être questionné : territoire en ruines rendu à dessein inhabitable.
Massacre de masse des Gazaouis, destruction de leur habitat par Israël... si tout a toujours été permis - la Seconde guerre mondiale n'a en aucun cas su sacraliser définitivement l'interdit (guerre de Corée, Indochine, Algérie, bombardements massifs des populations du Vietnam, Irak, génocide cambodgien...) -, un Occident fourbe avait peu ou prou toujours su nous le faire oublier cet interdit (guerres menées au nom des droits de l'homme ; un massacre pour éviter un plus grand massacre encore... etc...) ; or, l'arrogance meurtrière et folle israélienne qui ne cesse depuis des mois de hurler au monde que "Tout est permis contre un être humain car cela l'a toujours été" frappe, bouleverse, scandalise les consciences et libère sans doute certains freins qui jusqu'à présent avaient permis à quelques-uns seulement de trucider son prochain à une échelle industrielle.
Aussi, il se pourrait bien que demain tout soit permis à tous de tout se permettre. Ce qui nous promet des lendemains d'une très grande insécurité pour tous : violations sans nombre des droits de la personne, en-veux-tu en- voilà, ici, en Europe même ?
Notre classe politique saura s'en accommoder semble-t-il ; tout comme elle s'accommode depuis des mois du massacre de masse des Gazaouis.
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Pour prolonger, cliquez : GAZA 2023
Quid de l'expérience humaine ? La poursuivre ou bien...
Serge ULESKI
Confessions d’un ventriloque - Extrait
Halte là ! Et pas de quartier pour cette orange mûre et belle à souhait ! C’est bientôt le défilé. Sur le bord de la route, à l’heure où les cuisines s’allument pour le repas, il nous sera simplement demandé d’observer la grande débâcle d’un monde hostile et froid.
Tête baissée, couvert de honte et de déshonneur, il ne s’est toujours pas pardonné de s’être dit toute la vérité le monde, cette boule de cristal où tout est déjà écrit ; et dans un instant, c’est au ciel qu’il ira chercher refuge, accompagné d’une nuée de colombes et d’anges voltigeurs, mais sans parachute car, il compte bien ne pas en redescendre, même en chute libre ou bien, par accident, et ce sous aucun prétexte.
Si les plus si beaux chants sont des chants de revendications, les plus beaux contes sont les contes que nous conte... l’autre, et... à mont, celui qui nous précède de peu et d'en haut, dans nos velléités du dimanche matin devant la glace, à nous raser de près, juste avant l’office.
Alors…
Pitié pour ceux qui ne reverront plus jamais, à l'exception de leurs racines six pieds sous terre, les arbres qui les ont vu naître et qu'ils ont plantés en cœur, à battre la campagne au son d’une balade à vous tirer les larmes aux yeux !
Pitié pour le grand âge, avec ses désillusions successives, et le temps qui, dans sa gourmandise, n’en a jamais fini d‘emporter avec lui nos dernières tentatives de survie ! Car, tout ce qui pouvait se dire a déjà été dit, dans le brouhaha ou bien du bout des lèvres ; et tout ce qui pouvait se faire aussi ! sans gêne et sans remords, l’arme au point, au volant d’un char et dans la détonation.
Colchiques dans les près, c’est déjà la fin des chaleurs caniculaires. Que le romarin parfume, à jamais, la garrigue brûlée et que fleurisse... éternel, le gentil coquelicot car, il n’y a pas d’oreilles qui entendent les cris des sourds quand ils sont muets et que le sang ruisselle.
En automne, quand la feuille tourbillonne, c’est tout l’automne qui tourbillonne avec elle, et la terre aussi puisque le vent ne fait pas de distinctions : il emporte tout sur son passage même s’il n’en souffle mot à personne de peur de lever contre lui une armée de boucliers ; il opère en catimini, sous le chloroforme et par surprise le vent ; et ce matin, on a pu entendre avant de la voir, une cloche rageuse voler à tire d’aile dans les plumes de l’angélus qui sonnait le grand rassemblement. Un boucan d’enfer cet angélus ! Un boucan d’enfer de potence... cet appel, cette semonce et ces tirs aux missiles dévastateurs, pareils aux bidons de lait que des laitiers débonnaires, faisaient tinter, jadis, sur leur passage.
Mais... trêve de commentaires !
On stage for the finale
Allez, viens ! Ô toi ! Ô Mal ! Dos... hors de portée et hors pair et comme... cloué au mur ! Voici venu le moment de quitter le bal et d‘enlever le masque. Levons alors le voile sur la face cachée d’un monde suspendu par les pieds au-dessus de son propre vide, avant d’accompagner une dernière fois le convoi des jours qui traîne la patte comme on tarde à rentrer le soir dans son enclos car, dans un court instant, le tic-tac de l’horloge du dégel nous crèvera les tympans, après avoir sonné étrange et doux à nos oreilles.
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« Ah ! Vous voilà vous ! Long time no see ! Je vous ai reconnu tout de suite. Vous êtes … mais… comment dit-on déjà ?
- Ne cherchez pas. Ne cherchez plus. En fait, je suis marionnettiste. - Marionnettiste ?
- Oui. Je suis celui qui tire les ficelles. Je suis celui qui commande toute chose. Je suis le manipulateur. Je suis aussi, à mes heures perdues, celui qui fait la dernière passe comme une vieille pute avant de prendre sa retraite. Je suis celui qui vous donne le dernier coup de pied, comme on donne un dernier petit coup de pouce... dernier coup de pied au cul, bien évidemment.
- Depuis le début ?
- Oui. Depuis le début, le tout début. J’étais là, tout le temps. J’étais là pendant, avant et après. Depuis le début c’est moi qui vous conduis et qui vous mène là où il est important que vous soyez mené. C’est bien moi qui tire les rênes et qui tiens les ficelles.
- Je comprends mieux maintenant. J’ai toujours le sentiment de subir ma condition, que tout m’échappe et qu’on décide pour moi.
- Bravo jeune homme ! Ce sentiment que vous éprouvez est bien le reflet de la réalité car, avec ou sans perruque, sans masque, l’homme reste un singe ; un singe de grande taille, certes ! mais un singe de la pire espèce ; un singe aux mille facéties ; un singe facétieux et grimaçant de douleur. Cette douleur, c’est la branche sur laquelle vous vous balancez depuis la nuit des temps. Sur un plan anatomique, et comparé aux autres espèces, votre cerveau possède un nombre plus élevé des cellules nerveuses. La richesse de leurs interconnections font de vous un être de mémoire, d‘où votre incapacité à faire la paix avec vous-même et avec les autres : votre mémoire vous étouffe car elle ne cesse de crier vengeance. C‘est de là que vient ce qu‘on appelle la conscience de soi et puis surtout... la conscience des autres. L'homme a conscience de l'autre comme les loups ont conscience du troupeau de moutons qu'ils s’apprêtent à égorger. Vous êtes capable de vous situer dans le temps et dans l'espace, et de situer vos semblables aussi mais… le plus souvent, c’est pour mieux vous empresser de les tirer comme des lapins. Pour faire court, je dirais que vous avez une histoire jalonnée d’horreurs, et une identité à géométrie variable, aux facettes multiples, avec le meurtre comme trait dominant.
- Je vois.
- Vous mesurez le temps et la durée car la vengeance est un plat qui se savoure à tête reposée. Vous concevez un commencement et une fin. Et comme vous avez du temps à perdre, vous vous interrogez sur ce qu'il y avait avant ce commencement et ce qu'il y aura après cette fin. Omnivore, vous faites nourriture de tout ce qui se trouve à votre portée, comme on fait feu, l’arme au poing, de toute chair ; ce sont vos semblables qui vous fournissent la pâtée dont votre cruauté extrême se nourrit. Pour finir, j’ajouterais que vous possédez les organes les mieux adaptés à la survie ; et les espèces les mieux adaptées à la survie sont les espèces les plus cruelles car, ce sont les capacités d’adaptation qui décident de l’espèce la mieux à même de survivre en donnant la mort. - Pour ma part, je n’ai été que ce que je suis, tout comme les autres.
- Vous ne croyez pas si bien dire. Si l'instinct est une capacité innée à acquérir un comportement typique de l’espèce, eh bien, la mort par le meurtre est le plus sûr instinct de l‘homme, son seul legs et son unique héritage. Nul doute ! L’homme est un rempart contre la vie. Avec lui, la vie suffoque ; elle étouffe et meurt épuisée car, pour dompter la mort, l’homme a besoin de faire crever tout ce qui est vivant. Cet instinct est présent dans ses gènes dès sa naissance. Le milieu et les circonstances porteront à son plus haut degré d‘expression et d’accomplissement ce savoir-faire. L’homme étant perfectible, il se perfectionne en apprenant à tuer toujours plus et toujours mieux, mais sans jamais, pour son malheur, apprendre à mourir ; et c’est sans état d’âme qu‘il s‘adonne à son passe-temps favori : le meurtre de masse et... en masse. Contrairement aux animaux, l’homme n’a pas l’excuse de tuer pour se nourrir puisque, comme chacun sait, l’homme a malheureusement abandonné le cannibalisme… - Malheureusement ? Vous dites.
- Oui ! Car ce cannibalisme aurait pu lui fournir une excuse bien utile ; excuse qui nous aurait épargné ce constat affligeant : l’homme est une machine de guerre hypnotique et sidérante d’une efficacité diabolique. Tuer toujours de monde car, plus on tue, plus on vit longtemps. Tenez ! Je vais vous dire encore une chose : moins on tient à la vie, plus on est pacifiste ; et plus on est pacifiste, plus on meurt tôt ! Par conséquent, il existe une inégalité naturelle face à certaines options de l’existence ; et cette inégalité fera de vous un agneau ou bien un génocideur impénitent.
- Mais alors... quand le jour se lève comme ce matin, et que nous voyons que tout est gâché, que tout est sens dessus dessous, saccagé, et que l’air que l’on respire nous brûle les poumons, et que les hommes se sont entretués, et que les victimes et les bourreaux agonisent dans le même bain de sang que toute l’eau de la mer ne saurait blanchir, qu’est-ce qu’il nous est donné à comprendre ?
- Il n’y a rien à comprendre. Il n’y a que de mauvaises questions, des constats fallacieux à la suite d‘observations et de conclusions erronées. Un homme, ça ne se tolère pas, ça s'évite. L’homme dégoûte de l’humanité comme le poulet froid mayonnaise et les fourmis dégoûtent des pique-niques. A la seule pensée d’une humanité humainement humaine et solidaire, l’homme se rétracte comme un escargot dans sa coquille tant l'homme inspire de l'horreur à son semblable. Plus éloignés les uns des autres, vous ne trouverez pas ! Tout ce qui existe de grand et de noble le gêne. Avec l'homme, il faut lui tendre une main à la fois, et garder l'autre dans sa poche revolver et se tenir prêt à dégainer à tout moment. Alors, méfions-nous les uns des autres ! Méfions-nous des uns et... de tous les autres !
- Mais... où allons-nous ? - Et pourquoi y allons-nous ? Et puis, y allons-nous tous ensemble ou séparément ? C’est ça ? Et quoi encore ?! Sachez une chose jeune homme : être, est la seule raison d’être de l‘homme qui, après avoir été, meurt sans autre raison et sans autre but que de renouveler ce cycle… ce cirque qui se suffit à lui-même.
- N’empêche ! Il doit bien y avoir une raison à tout ce gâchis.
- On peut dire que l’humanité est en mouvement. Elle marche, elle court... cette garce d’humanité, excepté lorsqu’elle éternue : d’éternuer jusqu’à l'épuisement, c’est bien là tout le malheur qu’on peut lui souhaiter ! Car, dans l’éternuement, notre humanité se fige, absorbée par le choc sismique de ce spasme, son cœur cesse de battre et son cerveau perd toutes ses fonctions. L’éternuement, c’est le court-circuit et la panne. L’éternuement, c’est la sidération. Mais quel repos ! Quel repos mes aïeux lorsque l’homme éternue… - A vos souhaits !
- Cela dit, l’humanité suit sa pente, mais en la descendant, même si tout porte à croire qu’il s’agit d’une ascension. C’est un leurre, voyez-vous ! Elle avance, cette humanité… mais… à reculons, en traînant les pieds et ses savates, récalcitrante, car nous connaissons trop bien ce mal qui est en nous et qui façonne notre stature, même s’il y a fort à parier que l’homme n’a pas la force d’entreprendre tout le mal qui l’habite et qui le nourrit comme on nourrit un fauve : son ambition est telle, qu’il meurt exténué avant même d‘avoir épuisé toutes les potentialités dévastatrices de son instinct de tueur. - C’est sans doute la raison pour laquelle nous sommes, vous et moi, encore là pour en parler, j’imagine.
- Quand l’homme sera capable de projeter son ombre sur Mars, alors là ! il sera vraiment temps d’aller nous réfugier dans un abri, car l’homme s’élève pour mieux déchoir. Plus il monte, plus nous descendons. Plus il progresse et plus nous régressons. Nous sommes les victimes d’une illusion d’optique d’une fausseté incommensurable. Cette civilisation illusionnée fera crever de faim celui qui, en cultivant la terre, nourrit ses semblables, et mourir de soif celui qui, en creusant un puits, apporte l’eau. - Mais... Dieu ?! Dieu dans tout cela ?
- Dieu ? Lui ? Qui ? Celui des bourreaux ou bien celui des victimes ? N'oubliez pas que les bourreaux ont leur Dieu, eux aussi, et ils ne se privent pas de Lui adresser leurs prières. Où croyez-vous qu’ils trouvent la force de mener à bien leurs projets ? Et votre Dieu ne se contente pas de les écouter, Il exauce avec empressement leurs vœux les plus sanguinaires, car avec Dieu, c‘est celui qui prie le premier qui a raison. Avec Lui, le premier qui prie, rafle la mise. Et les bourreaux sont toujours les premiers à prier. Quant à la prière des victimes, elle Lui arrive toujours trop tard. Dieu aurait fait le monde en six jours, nous dit-on. Dans un tel lapse de temps que voulez-vous faire de bon ? Il a bâclé le travail. Dieu est un gougnafier. Voilà la vérité ! Un gougnafier.
- Ainsi soit-il. Mais dites-moi, vous avez changé ; votre jugement à notre égard n’est plus le même, semble-t-il. Nous ne sommes donc plus les victimes d'une organisation de l'existence qui a fait de nous des êtres sans devenir propre ?
- Ecoutez ! J'ai longtemps cherché. Mais je n'ai pas trouvé. Que voulez-vous, ça finit toujours comme ça. Alors, faut bien s'en prendre à quelqu'un. Et ce quelqu'un, où voulez-vous que j'aille le chercher ? Et puis, si les crimes des victimes surpassent ceux de leurs bourreaux, alors... il faudra inventer pour eux tous, un autre monde dans lequel ils pourront s'étriper à loisir. A quand des charters pour les victimes de demain et leurs bourreaux à titre préventif ?- N'empêche. Quel pessimiste vous faites !
- Ce concept d'humanité est un concept surhumain. Nous sommes des Don Quichotte d’êtres humains. Alors, soyons hommes et pas davantage. Sachez que l’honneur, l’amour et la justice... nous ne l’imposerons pas et nous ne sortirons de notre échec et de notre déception que pour mourir. C'est la nature qui nous commande, voyez-vous ! Le règne animal et le règne humain se chevauchent dans une continuité et dans un chevauchement tragique et inhumain parce que... animal par essence, animal de nature... ce chevauchement. Ne cherchez plus : nous sommes des écologistes. Voilà ce que nous sommes !
- Des écologistes ?
- Oui ! Des écologistes car, c'est bien la nature qui nous commande. Et quand on s’éloigne de cette nature pour pénétrer dans la sphère de l'homme libre et instruit, eh bien, c’est pour mieux nous y replonger. - Il doit bien rester encore un espoir.
- Où ça ?
- Quelque chose me...
- Quoi ?
- Je ne sais pas mais... quelque chose me dit que...
- L’homme est un charlatan retors et aveugle. S’il voyait clair, il ne verrait que le meurtre. Alors, béni soit l’homme aveugle ! Moins il voit, plus les chances de survie de son voisin de palier sont grandes ! - Que dire ? Se taire alors ?! - Non plus. Non plus. L’erreur des autistes, c’est de croire qu’ils réfléchiront mieux en se taisant car, ce qu’on a à dire, c’est en le gueulant qu’on le découvre. Il est temps d‘ouvrir notre gueule, de l’ouvrir toute grande et d‘hurler : le mal est sans espoir et le monde est seulement supportable parce que les victimes sont sûres de le quitter un jour.
- Soit ! Mais... que faites-vous de l'Histoire ? L'Histoire et ses multiples enseignements multiples et salutaires ? - Vous pouvez toujours la lui enseigner, l'homme ne se souvient que de son dernier massacre, oscillant constamment entre son dernier et son prochain pugilat. L’homme revient toujours sur ses pas, comme un criminel sur les lieux de son crime, un rien nostalgique et en manque. Il se sert et se ressert toujours les mêmes plats. Sa curiosité culinaire est pratiquement nulle. Vous pouvez toujours proposer de nouvelles recettes, en une génération il les aura toutes oubliées. L’homme n’a pas dans son action quotidienne l’âge de toutes les générations passées, mais il a le temps d’une génération, l’âge de son extrait de naissance que chacun de nous peut consulter en mairie si sa mémoire lui fait défaut.
- Apprendre ! Enseigner ! C’est pas rien quand même !
- Pour apprendre, il faut être de bonne foi et être capable de recevoir des leçons car, on n’apprend jamais que ce que l‘on est disposé à comprendre et à assimiler. Pensez jeune homme que ceux qui enseignent l'Histoire ne sont pas ceux qui la font ; et ceux qui la font n'ont pas le temps d'écouter ceux qui l'enseignent ; ils ne se croisent jamais ! Même dans les couloirs, près de la machine à café, pendant la pause. D'ailleurs, ceux qui font l'Histoire ne font jamais de pause. Ils sont trop occupés. Et puis je vais vous dire : en ce qui concerne l’histoire, on devrait opposer aux mensonges des vainqueurs, les mensonges des vaincus ; des mensonges de l’un et de l’autre devra émerger la vérité, toute la vérité. - Donner naissance ! Engendrer ! C'est pas rien de donner la vie !
- La naissance est une fatalité pour quiconque… naît ; la première des fatalités ; l'horreur absolue. Donner la vie, c’est déjà donner une énième impulsion à cette horreur. Naître, c’est blasphémer ce concept de dupes qu’est l’humanité. Dans le Mal, l’homme est un héros car, en faisant le bien, il frôle la catastrophe, le déshonneur et le parjure ; il renie ses origines et blasphème sa nature. L’homme est respectable le jour de sa naissance et le jour de sa mort. Un point c'est tout. Mais alors... quand les femmes cesseront-elles d’enfanter ? Quand donc ? - Tenez ! Pensez à tous ceux qui sacrifient leur vie pour les autres ? Quand même, c’est pas rien non plus.
- Ceux qui sacrifient leur vie en soulageant la misère de leurs semblables, ceux-là reçoivent beaucoup plus qu’ils ne donnent. Après leur départ, que reste-il de leur action, une fois clôturée la cérémonie de la remise des prix médiatiques, couronnes de laurier et médailles d’or ? Hommes, femmes, enfants… entre les mains d’un arbitraire qui tire au sort, chaque matin, sa nouvelle victime ; une bête féroce qui se sert au passage et qui s‘en fout plein la lampe et le froc... la braguette béante. On peut affirmer deux choses : l’altruiste, au pire, est un égoïste intelligent, mais cynique et pervers : un fin politique, quoi ! Au mieux, un homme égaré qui ne sait pas quoi faire de lui-même ; c'est la raison pour laquelle l’altruiste n’a jamais rien d’important et de durable à dire et à offrir à qui que ce soit, parce qu‘il ne sait rien de lui-même et des autres. Alors je vous le dis : seuls les monstres devraient être autorisés à prendre la parole. Car nul ne se connaît tant qu’il n’a pas été une victime sur le point de succéder à son bourreau.
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